Too much ?
La semaine dernière, j’ai eu l’occasion d’assister au “Showcase 2026” de Disney à Paris : après le passage obligé de l’auto-congratulation devant le bilan 2025 (la 3e meilleure année depuis la création du groupe grâce à des blockbusters comme “Zootopia 2” et “Avatar 3”, mais pas “Blanche Neige” dont le lancement a été sabordé), on a eu droit à plus de deux heures d’aperçu des nouveautés à venir, aussi bien au cinéma que sur la plateforme Disney+.
Après avoir passé une partie de la journée en immersion dans les difficultés des médias français à Médias en Seine, le contraste était intéressant !
Ce qui m’a frappé, surtout, c’est la volonté de Disney d’apparaître comme un acteur le plus local possible… Par la voix de sa DG en France, Disney+ s’est présenté ainsi comme “la plus française des plateformes américaine” (sous-entendu vs. Netflix, HBO Max et Amazon).
Quitte à en faire trop ?
Du choix du lieu (l’Institut de France) aux stars en présence (Sophie Marceau, Pierre Niney…) en passant par les programmes présentés (par exemple “Dumas : Diable Noir“ un biopic sur Alexandre Dumas père, “Surveillants !” une série tournée dans une prison désaffectée au fin fond de l’Aube, “Le Rêve américain”, la success-story de deux Français aux Etats-Unis, l’adaptation en série de “Lucky Luke”, monument de la BD franco-belge, etc.), jusqu’à conclure par un documentaire sur la “French Touch”… Disney a vraiment cherché à cocher toutes les cases !

Cela va bien plus loin que ce qu’a pu faire Netflix : “Emily in Paris” est peut-être la plus française de ses séries… Mais elle est américaine.
Certes, chez Netflix, il y a aussi “Lupin”, mais la cible est autant internationale que française. Avant ça, il y a eu “Marseille” avec Gérard Depardieu, une série dont plus grand monde se souvient… et une flopée de séries de qualité variable (dont beaucoup de comédies, comme “Plan coeur”, “Family Business“, “Drôle“) généralement abandonnées après une ou deux saisons.
Bref, rien de l’ampleur de ce qu’annonce Disney à horizon 2/3 ans.
Il faut dire que la grande machine Disney a l’habitude de donner l’impression de se fondre dans les cultures locales pour mieux faire accepter son modèle - l’installation à Marne-la-Vallée de Disneyland, négociée avec les équipes de François Mitterrand, comme le racontait récemment Le Monde, est un bon précédent.

Derrière toutes ces belles annonces, il y a aussi des questions d’argent et de rapport de force : présent en France depuis 2020 (son lancement, prévu en plein confinement, avait même dû être décalé à la demande du gouvernement), Disney+ a signé l’an dernier un accord de trois ans avec les organisations du cinéma français.
Le géant américain (qui revendique presque 50% de part de marché en salles au mois de décembre 2025, grâce à deux films seulement : le troisième opus d’Avatar et Zootopia 2, le plus gros film d’animation Disney de tous les temps) s’est engagé à investir 25% de son chiffre d’affaires annuel en France dans des productions européennes et françaises. En échange, Disney+ peut diffuser ces films 9 mois après leur sortie en salles, contre 17 mois auparavant.
Alors que Netflix s’apprête à acheter Warner Bros et son impressionnant catalogue (ainsi que la plateforme HBO Max, qui a vocation à être fondue dans Netflix), la guerre des plateformes de streaming est encore loin d’être achevée. Les productions françaises vont donc pouvoir continuer à bénéficier de cette concurrence acharnée, au moins pour quelques années de plus.
Benoit Zante
PS. Pour prolonger ce sujet, je vous recommande cette intervention de Gaëtan Bruel Ruel, Président du CNC, en novembre dernier. Dans sa “Brève histoire du cinéma mondial”, il y décrit notamment les Etats-Unis comme “un grand pays corsaire”, en matière d’audiovisuel. Depuis, on a vu que ce n’était pas que du cinéma.



